ENA : la promotion «Nelson Mandela» se souvient

«Madiba» a donné son nom à la promotion 2001 de l’ENA. Les anciens racontent ce choix et leur rencontre avec ce héros de la lutte contre l’apartheid.

«Madiba» a donné son nom à la promotion 2001 de l’ENA. Les anciens racontent ce choix et leur rencontre avec ce héros de la lutte contre l’apartheid.

En 2001, l’Ecole nationale d’administration avait rendu hommage au père de la nation sud-africaine lorsque la promotion de l’époque avait choisi de porter son nom. De l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), l’on connaît surtout la fameuse promotion Voltaire .Mais plus récente, la promotion Nelson Mandela, compte pourtant l’ancien ministre et actuel député UMP de Haute-Loire Laurent Wauquiez – qui en est major -, l’actuel président d’Ariane Espace Stéphane Israël ou encore l’ambassadeur de France en Roumanie, Philippe Gustin.

A l’époque délégué de la promo, ce dernier raconte. «Nous décidions du nom de notre promotion lorsque nous étions en deuxième année. Le vote s’est déroulé le 19 janvier 2000 au Ventron, un petit hôtel des Vosges, dans lequel nous nous sommes tous retrouvés à l’issue de notre année de stage», se souvient ce haut fonctionnaire du Quai d’Orsay.

Ayant débuté vers 9 heures du soir, la procédure de vote, marquée par les argumentations diverses des élèves, s’est poursuivie jusqu’au milieu de la nuit. «Il y a eu une grande discussion sur l’opportunité de ce nom. Beaucoup étaient en faveur, mais c’était assez exceptionnel dans l’histoire de l’école de prendre le patronyme d’une personne en vie», explique Philippe Gustin, avant d’ajouter, «je crois que depuis 1945, cela n’a été fait qu’une seule fois avant nous. Avec la promotion Malraux». Dans la nuit, la décision était prise. La promotion 2001 de l’ENA serait la promotion Nelson Mandela. «J’animais le débat donc je n’ai pas pris part au vote», avoue l’ambassadeur, pourtant favorable au choix du Président sud africain. C’est également relativement rare de choisir le nom d’une personnalité étrangère. Avant Nelson Mandela, des personnalités comme Averroes ou Léonard de Vinci avait donné leur nom à des promotions.

«Il est passé à une très large majorité»

Stéphane Israël, aujourd’hui président d’Arianespace, avait voté pour. «Et Nelson Mandela est d’ailleurs passé à une très large majorité», se souvient-il. Ce que confirme Laurent Wauquiez, député de la Haute-Loire et vice président de l’UMP. Leur camarade, Gilles Dufeigneux, qui fut un temps chef de cabinet adjoint de François Fillon, avait, en effet, mené une véritable campagne. Après avoir effectué son stage, l’année précédant le vote, au service économique de l’ambassade de France en Afrique du Sud, «il avait proposé le nom du héros de la lutte contre l’apartheid .Et plusieurs autres élèves le soutenaient également», précise Philippe Gustin, qui se remémore que «Gilles Dufeigneux avait même promis de faire venir le prix Nobel de la paix si le nom était voté».

Et cela a été chose faite, le 11 décembre 2000, lorsque l’école était encore située rue de l’Université, à Paris. «Il n’était déjà plus au pouvoir, quand il est venu dans le cadre de l’une de ses fondations, pour laquelle l’ensemble de la promotion lui a d’ailleurs remis un chèque», rapporte l’ancien délégué de la promotion. «Nelson Mandela avait du mal à marcher. Il a donc pris appui sur mon bras. C’est un souvenir particulièrement émouvant», confie-t-il ensuite.

Une émotion partagée par son camarade Stéphane Israël. «Plus jeune, je militais à SOS Racisme. Alors bien sûr, j’étais très ému de le rencontrer», explique le PDG d’Arianespace. Touché par «l’exemplarité» du personnage, Laurent Wauquiez se souvient lui aussi des moments de grâce partagés avec le Sud africain: «C’est la personnalité politique la plus marquante que j’ai rencontré. Je n’oublierai jamais ses paroles: «soyez joyeux» et «tournez vous vers les autres»». «On a aussi choisi ce que l’on voulait incarner» souligne Philippe Gustin, pour qui «Nelson Mandela est plus qu’un nom». En effet, «il y a vraiment un lien fort qui lie les élèves de cette promotion, et le nom n’y est pas étranger», conclut-il.